En Suisse, plusieurs territoires expérimentent actuellement le RTE. À Neuchâtel, encore en phase de conception, la coopérative mise sur une forte mobilisation citoyenne et la recherche de financements pour structurer son projet. À Meyrin, le projet COMETE, initié par la Ville en 2018, repose sur une coopération public-privé pour accompagner les PME et TPE dans leur transition écologique et favoriser la création d’emplois. Dans le canton de Vaud, la coopérative COVATES s’est rapidement structurée autour de la réinsertion socio-professionnelle et de l’innovation en matière de transition écologique, comptant déjà vingt-deux salariés.
Ces expériences suisses, bien que diverses dans leur organisation et leur avancement, font émerger des défis communs. Parmi eux, la recherche d’un modèle économique viable, la gouvernance partagée et la diversification des financements. L’expérience française, plus avancée avec des expérimentations en place depuis 2019, apporte un recul précieux. Les discussions ont notamment mis en lumière l’importance du soutien politique pour accélérer le développement des RTE, la nécessité d’une coopération territoriale élargie et la complexité de la gouvernance, où l’enjeu est de trouver un équilibre entre collaboration et efficacité décisionnelle.



Lors du premier atelier consacré aux modèles économiques des coopératives de transition écologique, les échanges ont porté sur les sources de financement et la pérennité économique de ces structures. Le projet COMETE explore ainsi un modèle hybride combinant contributions des entreprises, partenariats de recherche et financement solidaire. Pourtant, une difficulté récurrente demeure : la forte dépendance aux financements publics. Pour garantir leur viabilité, ces coopératives doivent diversifier leurs sources de revenus, expérimenter de nouveaux modèles et mesurer les externalités positives qu’elles génèrent, afin de mieux s’ancrer dans le tissu économique local.
Le second atelier, centré sur l’accompagnement des porteurs de projet, a mis en évidence le rôle clé des coopératives de transition écologique dans l’accompagnement des transitions économiques et sociales. En sécurisant les parcours entrepreneuriaux, en favorisant l’innovation et en créant du lien entre acteurs, ces structures constituent des outils précieux. Toutefois, elles doivent encore s’adapter pour mieux répondre aux défis des porteurs de projet et affiner leurs dispositifs d’accompagnement.

Au-delà de la richesse des échanges, cette journée a souligné que le RTE en Suisse en est encore à une phase exploratoire, portée par des projets pilotes issus d’acteurs variés – citoyens, institutions, entreprises. Bien que leur composition et leur genèse diffèrent, ces initiatives se heurtent à des défis similaires. La question du financement reste centrale : la difficulté à s’affranchir des fonds publics souligne la nécessité de repenser les modèles économiques, en intégrant des indicateurs non financiers et en s’appuyant sur des dynamiques territoriales plutôt que sur une recherche immédiate de rentabilité.
La gouvernance constitue un autre défi majeur. L’intégration de multiples parties prenantes – salariés, entreprises, porteurs de projets, collectivités – suppose une organisation permettant de conjuguer horizontalité et efficacité décisionnelle. La structuration en SCIC ou en coopérative doit ainsi trouver un équilibre entre participation collective et agilité dans la prise de décision.
Le développement du RTE en Suisse est en marche, mais sa consolidation nécessitera encore un important travail de structuration, de renforcement de l’ancrage territorial et de diversification des sources de financement. Ces expérimentations constituent un laboratoire passionnant pour imaginer des alternatives viables à l’économie classique, à condition de dépasser certaines fragilités structurelles qui freinent aujourd’hui leur essor.



